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À moins d’une semaine de l’élection, le Kremlin a exclu au moins 36 candidats en invoquant des motifs juridiques obscurs allant d’une affiche de Banksy à la détention d’actions Apple.

L’élection parlementaire de la Russie, prévue du 18‑20 septembre, est entrée dans sa dernière ligne droite avec une série de disqualifications qui semblent plus théâtrales que juridiques. Le média indépendant Verstka indique qu’au moins 36 candidats ont été retirés des listes après que les autorités ont invoqué des dispositions vagues sur l’extrémisme, la violation du droit d’auteur et la détention d’actifs étrangers.
Sur les 4 436 personnes en lice pour les 450 sièges de la Douma d’État, les candidats éliminés provenaient en grande partie de partis que le Kremlin tolère, la dite « opposition systémique ». Leur exclusion réduit davantage le champ déjà limité de choix pour les électeurs et indique un renforcement du contrôle alors que le président Vladimir Putin voit sa popularité décliner face à la lassitude de la guerre et aux tensions économiques.
Parmi les cas les plus frappants, un candidat a été exclu après avoir publié une photo du regretté rockeur Lemmy Kilmister, dont le t-shirt chargé de croix a été jugé symbole nazi. Un autre candidat a inséré l’emblématique « Girl with a Balloon » de Banksy dans une vidéo de campagne et a été déclaré coupable de violation du droit d’auteur, une loi que les experts estiment délibérément ambiguë.
"La loi russe sur le droit d’auteur est rédigée de façon vague, laissant une marge d’interprétation importante et constituant une option de repli commode pour bloquer une candidature indésirable", a déclaré Derek Hutchenson, spécialiste de la politique russe à l’Université de Malmö.
Les autorités ont également visé ceux qui font référence au regretté leader de l’opposition Alexei Navalny, qualifiant toute image de lui d’extrémiste. Les candidats qui ont affiché les logos de plateformes interdites telles que Facebook ou Instagram ont subi le même sort ; Vladimir Vinichenko a été retiré après qu’une photo de manifestation montrait un emblème Facebook visible.
Les liens financiers avec les entreprises occidentales sont devenus un autre test décisif. L’homme d’affaires Maxim Larin a été disqualifié après que son portefeuille a révélé des actions Apple, Meta et Microsoft, tandis que le blogueur pro‑gouvernement Yevgeny Poddubny a échappé à tout examen malgré des avoirs similaires, soulignant l’application sélective des règles.
Les experts avertissent que la répression risque d’accentuer le fossé entre le « bloc politique », qui maintient une façade de choix démocratique, et le « bloc sécuritaire », qui cherche à neutraliser toute menace perçue à la stabilité du régime. Le retrait de membres du parti historique Yabloko, qui avait tenté une plateforme anti‑guerre, illustre la domination croissante du bloc sécuritaire.
À l’approche de l’élection, on s’attend à ce que le contrôle agressif du Kremlin se poursuive, limitant davantage la concurrence réelle et renforçant le récit selon lequel la dissidence ne sera pas tolérée en temps de guerre et de difficultés intérieures.
Les électeurs se rendront aux urnes avec une liste de candidats réduite, et les observateurs internationaux sont susceptibles de remettre en cause la légitimité d’un processus où des subtilités juridiques sont utilisées pour faire taire l’opposition.